Biosphère, biosphère !


Les voyages


Nous ne percevons le monde que par les médias. Sont-ils nécessairement le reflet de la réalité ou une ou des versions de cette réalité ?
Les voyages forment la jeunesse, dit-on. Ils contribuent aussi à développer l'esprit critique et à se rendre compte réellement même de manière très incomplète de la vie et pour ce qui m'intéresse le plus du comportement de l'être humain vis-à vis de son environnement. Les reportages et autres clichés sont alors balayés par la réalité, du moment que l'on garde l'esprit ouvert et le plus objectif possible. Les vacances ne doivent pas édulcorer le séjour, version paradisiaque. On doit éviter de s'arrêter au beau vernis de surface. 

La Nature. L'état de nature. L'Homme


Mon histoire :


De prime abord je pense que tout le monde est maintenant en capacité de prendre la mesure du dangereux déséquilibre survenu dans la relation Homme - Environnement.

Ma petite histoire : j'ai formaté mon environnement à ma convenance pour mon usage propre. Sans considérer outre mesure la portée de mes décisions. Tout se passe comme si je prenais (inconsciemment peut-être) ma revanche sur cet environnement auquel j'ai été à la merci pendant tous ces millénaires d'existence à la limite de la survie. Je n'ai pas encore complètement compris que cette toute puissance m'octroie des droits mais bien plus de devoirs encore. Je commence à saisir que je ne puis impunément remettre en cause les délicats équilibres écologiques. Je suis effrayé par les bouleversements occasionnés. Et je ne peux encore complètement y croire et m'y résoudre...

"L'Anthropocène" ou âge de l'Homme marque les débuts des problèmes de la biosphère et de ses équilibres millénaires. Ceux-ci correspondent au passage de l'état de nomadisme de l'être humain (chasse, cueillette) à celui de sédentaire. L'Homme grâce à l'agriculture (début des grands déboisements) est mieux nourri, résiste mieux aux maladies et voit donc sa population commencer à croître de façon très importante. Cette tendance trouvera un accélérateur dans les avancées fondamentales des connaissances en sciences et techniques qui boosteront sa capacité à domestiquer son environnement et à éradiquer de nombreuses maladies.

Les Sciences et Techniques :


Ainsi, "L'Homme doit devenir comme maître et possesseur de la nature". Extraite du "Discours de la Méthode", cette célèbre citation de René Descartes témoigne de l'émerveillement que lui procurent à lui et à ses contemporains les possibilités infinies offertes à l'Homme par les Sciences et Techniques
Cet encensement des Sciences et Techniques perdure et laisse à penser à beaucoup qu'elles représentent LA solution aux problèmes environnementaux auxquels l'Homme s'est confronté. Donc, les possibilités semblent infinies. 
Pourtant les capacités d'accueil de la Terre semblent, elles, bien finies et le développement du genre humain se doit en toute logique d'être contenu.

La population humaine :


En 1991, j'ai lu "La bombe P" de Paul Ralph Ehrlich paru en 1968 qui m'a fortement interpellé. Je n'étais finalement pas le seul illuminé à m'inquiéter du développement incontrôlé de la population humaine et des retombées calamiteuses qui lui sont imputables. Dans cet ouvrage visionnaire, la population humaine est présentée comme une tumeur dont les cellules prolifèrent de façon anarchique. Et de quel remède ou thérapie disposons-nous face à des tumeurs cancéreuses très installées ?
Alors même que la population humaine continue de croître de manière importante même si certains se gaussent des prédictions alarmistes en soutenant que la tendance est dorénavant à l'accalmie (oups ! et re-oups !), il faut se rendre compte que cette effarante progression ne représente pas le seul risque pour la biosphère. La pression anthropique sur l'environnement n'a jamais été aussi forte même si seulement 1/4 de la population est responsable des dégâts peut-être irréversibles occasionnés. 
Considérons que la population humaine en reste à 7 milliards d'individus, si les 3/4 restants de cette marée humaine accédaient au niveau de vie toujours plus prédateur de nous autres occidentaux moyens, la Terre ne pourrait plus subvenir à nos "besoins". En 1969, Paul Ehrlich estimait qu'un occidental moyen consommait l'équivalent de ce que consommaient onze Somaliens. Depuis, la consommation occidentale a explosé et celle des Somaliens est restée stable donc on peut adjoindre un facteur de 1.5 à 2 à ce détestable constat. Ce qui veut dire que lorsqu’un enfant occidental naît, au niveau de la pression anthropique sur notre environnement, c'est l'équivalent d'une vingtaine de nouveaux humains auquel nous avons affaire. La faute n'est donc pas comme notre raisonnement rituel le suggère imputable aux seuls Africains, Chinois et autres Hindous. 
Nous sommes les premiers sur la liste des accusés même si nous jouons à la politique de l'autruche (refuser de voir le danger) et repoussons la réflexion qui nous paraît paradoxalement toujours secondaire sur ce problème fondamental aux calendes grecques. "Il n'y a pire sourd que celui qui ne veut entendre" !

Pourtant quand on écoute certains géographes anti-malthusianistes, nous pouvons continuer d'ignorer bons nombre d'indicateurs biologiques qui virent pourtant un à un au rouge. Selon eux, les rendements agricoles peuvent encore s'améliorer, des surfaces naturelles changer d'orientation, on peut irriguer des zones désertiques, etc... 
Ces inepties me révoltent. Pourquoi la Nature et la biosphère dans son ensemble n'existeraient-elles que pour étancher notre soif d'extension inextinguible ? Et d'ailleurs pourquoi limiter les facteurs limitants du développement de la population humaine à la seule nourriture. Un être humain ne se résume pas à un tube digestif. Il lui faut aussi se déplacer (infrastructures routières, chemins de fer), se loger, se chauffer, se divertir, etc... Toutes activités dévoreuses d'énergie le plus souvent fossile et carbonée, de ressources naturelles, d'espaces et de plus en plus de ressources en minerais limitées (lithium par exemple). Sans parler des déchets de plus en plus polluants dont les quantités augmentent et dont on ne sait que faire dans nos sociétés modernes qui prônent le "consommer toujours plus" sans nous préoccuper de l'avenir.

Les bilans écologiques :


Donc les indicateurs virent déjà au rouge écarlate :

  • Réduction consternante des surfaces arables. Rapportées à la population, les terres arables se font plus rares : en 1960, on comptait 0.35 ha par personne contre 0.2 dorénavant soit 33 % de moins. Causes : augmentations de la population, de la dégradation des sols et des surfaces urbanisées.
  • Autre problème d'envergure, la stagnation des rendements agricoles : le modèle de croissance agricole qui a prévalu au XIXè siècle  reposait sur une surexploitation des sols et de l'eau (doublement de la consommation d'eau depuis 1960 dont triplement des prélèvements sur les stocks d'eau non renouvelables de certaines nappes phréatiques) et a entraîné une pollution chimique élevée doublée d'un appauvrissement rapide de la biodiversité. Ce modèle a dorénavant atteint ses limites. La croissance des rendements du blé et du riz a visiblement ralenti depuis les années 1990. Les rendements du riz ont augmenté à un taux moyen de 2,3 % par an entre 1961 et 1989, mais entre 1989 et 1999 ce chiffre a baissé de plus de la moitié, pour tomber à 1,1 % (source FAO). Idem pour le blé rendre : 3.24 % d'augmentation par an entre 1956 et 1990 et 0.22 % depuis (source Agreste)... Solution mais aussi problème : trouver d'urgence de nouveaux modes de production agricoles.
  • Pollutions induites par l'utilisation irraisonnée de la chimie qui vont à terme se retourner contre lui : ex des plastiques et autres éléments chimiques ingérés par les poissons qui se retrouveront chez le consommateur final, cas des perturbateurs endocriniens, stérilisations de certaines surfaces agraires...
  • Diminution significative des ressources halieutiques qui sont pourtant la seule ressource de nourriture pour près de 50 % de l'humanité
  • Réduction alarmante de la bio diversité. Et quand on sait que la nature tout comme elle a horreur du vide, a horreur de la prédominance d'une espèce sur les autres (d'où la présence de vecteurs de maladies qui nous apparaissent de prime abord comme inutiles), on a de quoi s'inquiéter pour notre avenir surtout que nos agissements inconséquents (réchauffement climatique) favorisent les conditions optimales de vie de ces charmantes bestioles...
  • Eutrophisation des eaux (nitrates en excès, marées vertes), présence de résidus d'intrants agricoles après traitement des eaux destinées à la consommation et dorénavant de résidus de médicaments consommés par les humains après traitement des eaux usées. Le traitement préventif en masse des troupeaux favorise quant à lui les résistances dommageables aux antibiotiques et va constituer un problème dramatique pour la santé humaine.

Relation Homme - environnement :


L'Homme ne peut être indépendant de son environnement. Nous vivons à crédit d'un point de vue économique (avec les effets délétères qui se révèlent avec toute leur brutalité à nous en ce moment) mais plus dramatique parce qu'avec des effets incommensurables à beaucoup plus long terme d'un point de vue écologique.

Et plus ils sont nombreux, plus les hommes sont fragilisés et tributaires de celui-ci. Surtout que tous les êtres humains n'ont pas les mêmes priorités et que les sens du partage leur fait le plus souvent singulièrement défaut. Pour s'en convaincre, notons les surfaces d'oléagineux et de plantes à sucre utilisées à des fins de production de "bio carburants" et les spéculations à la bourse de Chicago sur les denrées alimentaires. Dans sa prolifération effrénée et au delà de toute logique, l'Homme détruit son environnement par les pollutions qu'il occasionne, par les destructions physiques dont il est le responsable. Des potentialités naturelles qui lui seraient profitables dans un avenir plus ou moins proche lui sont ainsi soustraites.

A chaque étape où les ressources naturelles ont fait défaut dans l'histoire de l'humanité, la conquête de nouveaux espaces a représenté la solution à l'extension de l'Homme : exemple de l'impérialisme européen avec ses abus consécutifs ou en Océanie de la civilisation Lapita (depuis les environs de Taïwan jusqu'à l'île de Pâques). Mais la Terre est finie et il n'existe plus de nouveaux espaces où l'Homme puisse s'installer et poursuivre sa folle équipée. Quelle sera donc la prochaine étape ?

L'Homme peut donc dorénavant être considéré telle une espèce invasive en ce sens qu'elle occupe à présent quasiment tous les milieux (alors qu'elle était au départ cantonnée à la corne africaine). De par sa prolifération anarchique, l'espèce humaine nuit au développement et à la vie d'autres espèces ; et à l'équilibre biologique des milieux. Quand une espèce se développe au dépend de son hôte, ne parle t-on pas d'espèce parasite ?

Développement durable :


Comment peut-on parler dès lors de développement durable ? Pour qui ?
Pour nos enfants ? Si l'on suit malgré tout cette approche anthropomorphique de la planète (qui ne serait là que pour subvenir à nos besoins) qui me fait horreur, arrêtons de nous voiler la face. Un constat objectif et non pessimiste pour celui qui veut bien se donner le temps d'une réflexion approfondie de notre situation me laisse quelque peu dubitatif quant à notre avenir... Nous avons manger jusqu'à l'indigestion notre pain blanc. La biosphère par son inertie a pu par effet tampon absorber à peu près jusqu'ici les effets délétères de nos agissements irraisonnés d'enfants gâtés. Ce stade est dorénavant révolu et la fréquence des constats alarmants tend dorénavant à la hausse. Et portant, les prises de décision qui auraient du s'affirmer dans les années 60 peinent encore à s'exprimer 40 ans plus tard.

L'"Homo sapiens" soi disant savant et sage a commencé par éliminer les Néanderthaliens "Homo sapiens neanderthalensis" des sites colonisés en quelques millénaires (non sans se croiser avec ce dernier semble t-il, cf. le squelette de "l'enfant de Valdelapedo"). Dorénavant mû par un égoïsme forcené, son descendant occidental préfère s'enrichir et penser à satisfaire ses petits plaisirs personnels au dépend des populations déshéritées. Si l'Homme ne peut dans son ensemble intégrer son prochain comme moteur de ses actions (ne serait-ce que par humanisme), pourquoi dès lors penser qu'il sera à même d'appréhender et d'agir en conséquence vis-à vis des autres espèces vivantes qui lui sont pourtant indispensables ?

Le temps de la réflexion :


Le gros problème de l'Homme moderne qui seul en a le loisir (pour qui la satisfaction des besoins vitaux n'occupe pas toutes ses pensées ni l'intégralité de son temps) reste qu'il ne prend pas véritablement le temps de la réflexion. 
Il ne parvient pas à s'extirper du maelström de la vie moderne trépidante ainsi que le soulignait déjà Blaise Pascal en 1670 dans "Pensées": "J'ai découvert que tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre". L'Homme tient à s'abrutir de bruits, de reconnaissance, de possessions matérielles pour compenser son vide existentiel ; se donner l'impression trompeuse d'une vie bien remplie, qui ait un but, qui laisse une trace. Il vit dans l'instantanéité. 
Cette fuite en avant accélère le processus de rupture avec son milieu puisque totalement artificielle. Il s'accroche à cette chimère que les ressources que lui procure la Terre sont infinies et que sa croissance  ne  connaîtra pas de limites. 
Malheureusement, il s'aveugle de ses propres fictions d'avenir : cf. entre autre le rapport du Club de Rome en 1972 "Les limites à la croissance" qui déjà tirait la sonnette d'alarme.

Il semble dorénavant qu'il devient plus que temps de suivre les préceptes du "Pari de Pascal" (encore lui !) bien qu'il ne s'agisse ici pas du même genre de religion. Les efforts consentis aujourd'hui seront dans tous les cas de figure gagnants...


La raison de nos voyages :


Tout ceci pour expliquer le sentiment d'urgence à vouloir être le spectateur égoïste (pollutions multiples occasionnées par ces voyages et non compensées carbone (foutaises) qui me laisse perplexe face à mes contradictions) et témoigner (modestement) des dernières beautés de notre planète tant que nous en avons encore l'opportunité ; et les partager avec nos enfants.





Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Accueil