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samedi 25 juin 2011

Nouvelle Calédonie : Prony


Le Grand Sud. C'est ainsi que les Calédoniens appellent le sud de la Grande Terre. Une appellation qui titille l'imaginaire, qui renvoie à des clichés. Les paysages de Patagonie nous ouvre leurs bras...


Bon en Nouvelle Calédonie, on n'en est pas encore là ! Quoique : malgré la petite taille de l'île, par moment on se surprend à perdre son regard sur le vaste horizon.

Il suffit de quitter les faubourgs de Nouméa, et on se retrouve au milieu de nulle part. À perte de vue, la latérite rouge car riche en oxydes de fer, dure ; telle des balafres rouge sang au milieu de la maigre végétation du maquis minier. Ces stigmates rappellent le désir inassouvi de l'être humain de toujours plus exploité son milieu sans se soucier outre mesure de l'après. Ici pour l'exploitation minière du nickel et du cobalt, deuxième ressource économique du territoire (après les transferts financiers de la métropole).
Une terre calédonienne riche en minerais (nickel, cobalt, chrome, fer, ...) mais pauvre en minéraux essentiels à la croissance végétale d'où cette végétation arbustive et herbacée du maquis minier qui couvre 23 % de la surface de l'archipel calédonien.
Les paysages du Grand Sud sont arides et austères.

Une petite carte pour se repérer :



Afficher Nouvelle Calédonie : le Grand Sud sur une carte plus grande



Sur la route de Prony :


Passage toujours hasardeux de la commune du Mont-Dore :


Donc, en route vers Prony et sa baie. 
Première étape, passer les environs de la tribu de Saint Louis dans la commune du Mont-Dore et ses caillassages des voitures en circulation sur la RP 1 par sa jeunesse désœuvrée. Depuis la fin de l'année 2011, la situation s'est améliorée avec une volonté politique affirmée de faire cesser cette mauvaise publicité et un engagement des chefs tribaux mais le risque était bien réel avant cette date surtout le week-end au crépuscule (au retour)... En outre, cette tribu s'est taillée une solide réputation dans le domaine des "incivilités" : elle est connue pour avoir été le lieu de nombreux affrontements violents entre les communautés mélanésiennes et wallisiennes courant de l'année 2002 et reste une zone de non droit : lieu de refuge des voleurs de tout acabit qui ainsi échappent aux "forces de l'ordre". 

Essayer d'éviter la route expresse du Mont-Dore à péage même si la vue sur la baie vaut le détour :




Les routes du Grand Sud :


Le Mont-Dore et ses fontaines d'eau de source en libre accès laissé derrière nous, la route devient très vite déserte, sinueuse et en mauvais état.





Les panoramas le long de cette route sont à couper le souffle. C'est le Grand Sud, assurément :



Malheureusement, l'être humain se rappelle à notre bon souvenir :


Décharge sauvage sur la route du Grand Sud, Nouvelle Calédonie



La Rivière des Pirogues :


On passe le col de la Rivière des Pirogues dont le nom viendrait des pirogues emportées vers le lagon lors des épisodes de crues. Il faut d'ailleurs bien se renseigner avant de s'engager sur ces routes. Les fortes pluies entraînent une montée rapide du niveau des eaux et l'absence de ponts dignes de ce nom (ce sont plutôt des gués) et de pistes de latérite qui deviennent très glissantes une fois mouillées rendent aléatoire la conduite dans le Grand Sud.


Le passage du pont de la Rivière des Pirogues se passe sans encombre mais il n'est pas bien haut au dessus de la surface de l'eau :



On passe des gués. Heureusement que le temps a été plutôt sec ces derniers temps :





Col de Prony :


On regrimpe ensuite pour atteindre le col du Crève-Cœur de Prony qui abrite une ferme d'éoliennes qui lorsque le vent souffle font un bruit du tonnerre. 
Un petit sentier aménagé de marches à partir du parking au sommet du col permet de faire une petite grimpette ce qui dégage la vue sur les environs : la plaine du Champ de Bataille, lieu où ont eu lieu des batailles sanglantes entre tribus mélanésiennes et aujourd'hui reboisée de kaoris et de pins (politique volontariste de la Province Sud).





Quelques tournants plus loin, on prend à droite sur la piste. Les fossés très profonds qui bordent la piste obligent à la prudence, surtout que de profondes ornières traversent cette même piste :







Prony :


Et enfin, après une bonne heure de route depuis Nouméa, c'est la vue sur la Baie de Somme et les îlots de Montravel et de Casy depuis un belvédère aménagé en bordure de piste. 
L'îlot Casy (au centre de la photo) baptisé en 1854 en l'honneur de l'Amiral Casy où il a été question de construire un hôtel avec toutes les dégradations environnementales associées : l'alimentation électrique devait se faire par un câble aérien depuis la rive est... Projet finalement abandonné. Ouf ! 
À l'époque coloniale, l'Îlot Casy était le potager du bagne de Prony. Aujourd'hui, des sentiers balisés au cœur de ses 40 ha permettent de découvrir la flore (dont sept variétés d'orchidées) et son passé historique.

Juste derrière l'Îlot Casy commence la Baie de Prony proprement dite, baie protégée par les reliefs environnants et qui sert de refuge aux bateaux en période cyclonique. Ce qui lui a donné son nom : "le trou à cyclones" :






Balade de Prony :


On descend au parking au bord de la Baie de la Somme et c'est parti pour la balade de Prony sur le PR / PRO 2. Cette balade mène jusqu'aux vestiges du bagne, soit à peu près quatre km si on fait la boucle, sur les traces de ces hommes qui ont tant souffert. Quel terrible passé colonial.


Source Google Maps

Avant de débuter les choses sérieuse, le réconfort : un petit pique nique près du warf :



Le sentier est bien balisé, une fois n'est pas coutume et nous fait passer par de la forêt primaire, du maquis et aussi le long de la baie, nous offrant de très beaux panoramas :




Quelques vestiges d'un des cimetières des condamnés avec une partie pour les bagnards et une autre pour les gardiens. 
Les bagnards  étaient ici soit des "transportés" soit des "relégués" :

  • les "transportés" ou forçats étaient des condamnés de droit commun transférés en Nouvelle Calédonie à partir de 1866. Ils ont été 22000 et tous astreints au travail. Ici, ils ont exploité les forêts alentours de 1867 à 1912. Les condamnés à plus de huit ans et les récidivistes étaient interdits de retour en France.  
  • les "relégués" étaient des condamnés à de petites peines mais trois fois récidivistes et bannis de France. Ils n'étaient pas astreints au travail.

Tombes de bagnards marqués par des coquillages (Prony)

Une troisième catégorie de bagnards existe en Nouvelle Calédonie : les "déportés", condamnés politiques issus essentiellement de la Commune de Paris en 1871 et par suite aussi appelés "Communards". Ils ont été relégués à l'Île des Pins ou à Ducos pour les plus dangereux.

Une partie de ce cimetière est donc réservée d'une part aux gardiens de la transportation et de la relégation, et d'autre part aux colons libres et travailleurs étrangers (japonais employés par la société Le Chrome). On y retrouve des tombes rectangulaires (européennes) et rondes (japonaises où les morts étaient mis en terre accroupis).

Toutes les tombes sont anonymes bien que la liste officielle des personnes enterrées existe. Il n'y avait ni lieu ni homme de culte au village de Prony.



On passe devant un site juste avant d'arriver au village où sont exposés les différents types de torture infligées aux bagnards récalcitrants : par exemple condamnés à rester plusieurs jours dans une caisse trop petite et ce en position debout...

Depuis le fermeture du bagne il y a environ un siècle, la nature a repris ses droits et les racines de banians recouvrent les maçonneries :



Malgré ce passé colonial bien lourd, le vieux village de Prony qui doit son nom au baron deProny, noble et inventeur de son état ; est maintenant charmant voire anachronique puisque les habitations sont ici dépourvues d'électricité. Après avoir été abandonné, il est dorénavant habité le week-end par des caldoches. Ne reste du pénitencier que de pauvres murs en ruines...





Des bancs disposés juste après le village permettent de se reposer au pied de gigantesques pins colonnaires en admirant la mer :



Le sentier continue en bord de mer et offre des vues superbes sur la baie. Ici, pas de plages de sable blanc mais une mer couleur rouille sur des plages de terre rouge :



Le retour se passe en bord de mer avec de très belles vues mais par endroit est très casse g...e : il vaut alors mieux regarder ses pieds !



Et le résumé en vidéo de cette escapade dans le Grand Sud, de la balade de Prony :



Prochain épisode de notre découverte de la Grande Terre, un périple de quatre jours sur la côte est de la Province Nord.





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