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samedi 26 mars 2011

Nouvelle Calédonie : la Rivière Bleue et Yaté


Le Grand Sud, présentation :


Le Grand Sud, c'est ainsi que les Calédoniens nomme le sud de la Grande Terre en Nouvelle Calédonie. Une appellation qui titille l'imaginaire, qui renvoie à des images des paysages immenses de Patagonie...

Bon, en Nouvelle Calédonie, ce n'est pas exactement la même échelle mais en admettant être parachuté là sans aucunes indications, certains points de vues pourraient donner à rêver :


Il suffit de quitter les faubourgs de Nouméa et on se retrouve très rapidement au milieu de nulle part... À perte de vue le maquis minier, maigre végétation herbacée et arbustive balafré de stigmates rouge sang : le sol érodé de latérite riches en oxydes de fer (couleur rouge), témoins de l'histoire minière de la Grande Terre
De gros problèmes d'érosion touchent d'ailleurs ce Grand Sud et la maigre végétation a bien du mal à se réimplanter... Les entreprises minières ont très longtemps fait fi de leur obligation légale de remettre en état les sites en fin d'exploitation. D'accord pour se goinfrer sur le dos des autochtones mais pas d'accord pour dépenser de l'argent pour tenter de réhabiliter les paysages... En outre, des incendies à répétition empêchent l'implantation pérenne de la végétation.

Une carte pour se repérer :


Afficher Nouvelle Calédonie : le Grand Sud sur une carte plus grande


Sur la route de Goro :


Après le passage toujours délicat de la tribu de Saint Louis, sur la commune du Mont-Dore, où le risque de caillassage des véhicules est bien réel, on se retrouve en pleine nature. Des paysages désertés par l'être humain. Seuls témoins de son existence, la route RP3 et... des déchets (tous les points clairs sur la deuxième photo) :


Les paysages restent malgré tout grandioses :






Le lac de retenue de Yaté :


On arrive bientôt en vue du lac de retenue de Yaté. Ce lac artificiel de 4000 ha a été créé à des fins de production d'électricité en 1912 en construisant un barrage sur la Rivière Bleue et ce pour alimenter le site de Doniembo de la SLN (Société Le Nickel) où est traitée une partie du nickel extrait du sous sol de la Nouvelle Calédonie. La construction du barrage se fit en plusieurs étapes à partir de 1912 et le barrage actuel fut achevé en 1959. Ce barrage alimente en eau l'usine hydroélectrique de Yaté pour alimenter en énergie électrique l'usine de Doniembo et une grande partie des habitants de la Province Sud.
Une espèce exogène de poissons, la perche truitée y a été introduite pour le peupler. Mais ce poisson carnassier s'est tellement plu qu'il est devenu une espèce invasive c.à.d qu'il occupe dorénavant l'ensemble des cours d'eau calédoniens au détriment des espèces indigènes. Encore un triste exemple de la tendance de l'être humain à jouer aux apprentis sorciers...



Nous aurons de meilleures vues de ce lac en allant vers Yaté.


Le Parc Provincial de la Rivière Bleue :


Présentation :


Nous prenons la première route à gauche juste au début du lac 60 km environ après avoir quitté Nouméa. Encore 2,5 km et c'est l'entrée du parc. La route est bordée de jeunes kaoris. Il est d'ailleurs à noter la volonté écologique de la Province Sud qui lance des politiques de repeuplements d'essences indigènes dans le Grand Sud. Malheureusement des peuplements de pins ont aussi été financés... (cf. la plaine du "Champ de Bataille")  :



Un plan pour se repérer. Cliquer dessus pour l'obtenir en taille originale :


Plan de situation fourni par la Province Sud

Ce Parc Provincial de la Rivière Bleue (le plus grand de l'archipel) couvre plus de 9000 ha et est lui-même inscrit dans la réserve faunique de la Haute Yaté de 15900 ha. Il permet de se promener au sein de peuplements de chênes gomme, de kaoris, de houps et d'araucarias.
Créé en 1980, sa triple vocation première fut  :
  1. De protéger le milieu naturel unique avec nombre d'espèces endémiques
  2. De permettre à la population de prendre connaissance de ces caractères uniques et de lui fournir un espace récréatif (randonnées pédestres, à vélo, en kayak,...)
  3. De permettre et favoriser in situ les études scientifiques de ces milieux.
Je dis première car un projet de développement touristique avec construction d'un écolodge (en fait un hôtel) avec accueil de touristes fortunés est à l'étude. Il est vrai que le taux de remplissage des hôtels sur le territoire lissé sur l'année n'excède pas les 60 % et que la pression touristique (baisse de la fréquentation touristique marquée depuis ces dernières années) exige un tel projet.  

De l'entrée du parc au premier arrêt, le sentier de l'araucaria dans le houp, sept km de piste enchanteresse :





Les vues sur la partie occidentale du lac de Yaté sont de toute beauté. Les trois couleurs  primaires dominent : le bleu de la rivière, le rouge du sol gorgé d'oxydes et le vert de la végétation rase (maquis minier). Et le soleil présent renforce les contrastes.







Le sentier de l'Araucaria dans le Houp :


On arrive au niveau du pont Pérignon, pont de bois édifié par un exploitant forestier pour favoriser l'exploitation forestière, interdit aux véhicules motorisés depuis 2003. À noter que le pont Pérignon, ouvrage historique risque d'être remplacé par une structure de béton armé pour faciliter l'accès des véhicules (4x4 bien polluants si possible pour ne pas faire tâche avec le reste de la Nouvelle Calédonie) des touristes hypothétiques hébergés à l'hôtel en projet. 

À ce niveau se situe le point de départ du sentier qui mène à une portion de forêt tropicale humide préservée. Encore appelée forêt sempervirente (toujours verte). Une des dernières de l'île après la surexploitation forestière de l'époque coloniale et les méfaits du développement urbain et agricole :






Le faible diamètre des troncs démontre la jeunesse des arbres puisque la température et l'humidité ne sont pas des facteurs limitants.

Au bout du sentier, un araucaria et un houp séculaires ont poussé étroitement emmêlés :





Sentier du houp géant :


Un peu plus loin, une autre curiosité naturelle au terme d'une petite balade de 20 min :  un houp géant d'environ 3 m de diamètre qui a miraculeusement survécu aux scies. Ses dimensions hors normes l'ont peut-être sauvé ?


À la base du houp géant
À environ 10 m du sol, diamètre du houp géant

Belvédère du sommet de la Forêt des Électriques :


Une vue unique sur les plaines environnantes :



Sentier Kakariki :


Le passage du pont Pérignon à pied (il n'y a plus de navettes) nous mène à une petite balade sur une portion du sentier Kakariki qui longe l'étendue d'eau :





avant de mener sur les hauteurs d'où de superbes points de vue sur les paysages environnants :





Une vidéo qui résume ces très belles découvertes du Parc Provincial de la Rivière Bleue :


Nous voulions revenir pour prendre la navette et découvrir la seconde portion de ce parc... Mais la navette est tombée en panne et n'a pas été remplacée le temps de sa réparation !


En route vers Yaté :


Nous reprenons la route vers Yaté en longeant le lac de retenue du même nom. Après le passage du pont de la Madeleine, on remonte et au niveau d'un lacet très marqué, un belvédère sans nom permet une vue imprenable sur le lac de Yaté :


Juste avant d'entamer la descente très pentue sur Yaté, un dernier belvédère offre là encore de très belles vues sur l'embouchure de la Rivière Bleue :



Yaté :


Un village voire un hameau à 80 km de Nouméa. Désertique, rien... Donc très peu d'habitants et pourtant grande surface puisqu'il s'agit de la quinzième plus grande commune française.  
Un bastion indépendantiste à l'histoire mouvementée avec les européens : aucune tentative d'évangélisation (mission de Yaté) ni de colonisation n'aboutirent. Et avant l'arrivée des colons européens, Yaté fut  le siège de guerres tribales entre les Touaourous et les Kuniés (Île des Pins). 
Quelques habitations en dur et beaucoup de baraques en tôles. Un collège ou ce qui s'en rapproche. Les profs mutés ici doivent être blindés côté moral... et financier : il leur faut faire la route tous les jours depuis Nouméa car il n'y a pas de logements disponibles ici...




Les maisons ou baraques laissent penser à des habitants déshérités et pourtant des 4x4 XXL  comme ce Dodge Ram 1500 sont garés devant certaines habitations. 4x4 à 5-6 millions de francs ( 42 à 50 000 €)... Une des bizarreries de la Nouvelle Calédonie.


Nous emprunterons une petite allée latérale bordée de grands arbres pour rejoindre la mer après avoir cherché en vain une plage de sable blanc... 


Petite allée qui longe une ancienne mission juste avant d'arriver à la mer :


Et on rejoint ce qui s'apparente le plus à une plage :


Nous n'y resterons pas : un kanak en train de se torcher à la bière (des dizaines de cadavres de canettes l'entourent) nous observe avec un air tout ce qu'il y a d'antipathique. Ne tentons pas le diable. C'est le problème en Nouvelle Calédonie, on ne sait jamais sur quel pied danser avec les autochtones...
Nous avons essayé de rejoindre les mines de fer de Goro mais nous ne les avons jamais trouvé : aucun panneau... Tant pis, la journée est déjà bien avancée et il faut songer à rentrer avant de faire de mauvaises rencontres sur la route. 
Le réseau routier calédonien devient le théâtre d'un jeu de roulette russe le week-end après la tombée de la nuit. Beaucoup de conducteurs sont ivres quand ils ne sont pas en plus sous l'influence du cannabis ! Surtout qu'environ 20 % des conducteurs roulent sans permis (ou alors avec des permis coutumiers c.à.d sans aucune valeur légale qui sanctionne un apprentissage de la conduite digne de ce nom) et 50 % sans assurances...


Prochaine virée dans le Grand Sud pour découvrir le village de Prony et sa baie.






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